Questions de presque-femme ou quelle perception ont les jeunes adultes de leurs dirigeants
A moins de cent jours des élections présidentielles, version 2007, il est de bon usage de réveiller lors de soirées entre amis nos enthousiasmes respectifs pour tel ou tel candidat, que l'heure du quart de siècle ait sonné ou non. "Nos jeunes ne s'intéressent pas à la politique", clame-t-on.
Je n'aurai jamais pensé pourtant que les noms de Ségolène ou de Sarko aient autant accompagné mes dégustations de vodka et de crepes à la nutella. Intérêt il en est, mais il manque la fougue d'antan, et pour cause... Regardez bien nos dirigeants. De pitres produits de magazines de commérage, qu'on imagineraient bien sorti d'une star academy de la politique, entraînés à manipuler, adeptes de la langue-de-bois, actionnaires d'un monde où les relations humaines ressemblent plus à un entretien pour grandes écoles. La politique nous intéresse, certes, mais son incarnation nous semble bien loin des problèmes de ce monde. Qui choisir pour 2007?
Pour le petit nabot arriviste, tapez 1, pour la simplette qui se la joue royale (et non moins arriviste) tapez 2, pour le bull-dog anti-métissage, tapez 3.
Qui de Ségo, Sarko ou LePen gagnera un contrat de cinq ans avec la République? L'urne recevra de la jeunesse française un vote amer, ou peut-être un copieux absentéisme, mais peut-on nous blamer? Il y a dans ces dirigeants-là une odeur de non-adéquation, une expression de supériorité maladroite, un semblant de faire comme bon il semble... Or la politique n'est-elle pas avant tout une affaire de coeur? Il y a dans ce métier-là des prédispositions indispensables, il y a les idées de sacrifice, de générosité, de pragmatisme, de charisme...
Nos parents votaient pour des têtes fortes, nous voterons la tête baissée, pour des gens qui se complimentent d'avouer qu'ils payent l'impôt sur la fortune. Notre monde est devenu paillette. Il s'agit maintenant de savoir qui fera le plus vite la couverture de Voici.
Les rumeurs annoncent Le Pen pris en photo à moitié nu avec un transformiste sénégalais, plus rien ne peut nous étonner, nous sommes dans l'ère de l'image, dans l'ère du paraître. Les programmes ne sont plus qu'un prétexte pour activer le marché de l'impression. Les formules toutes faites abondent. La société pue d'une absence de conscience générale. On promeut la manipulation avec enthousiasme - facteur d'intelligence paraît-il- et l'arrivisme se confond avec l'ambition. Ces hommes, et femmes désormais, ont-ils pensé rien qu'un seul jour apporter une oeuvre constructive à ce monde? J'en doute...
Evidemment il existe des passionnés, des bonnes âmes, qui défendent leurs idées avec véhémence, mais ces étoiles-là ne passeront pas le premier tour. On nous demande de "voter utile", je me demande où se situe l'utilité dans un tel choix. Je voterai "pour le moins pire", et c'est bien là ce qui m'attriste. Que faire? Remplacer l'ENA par une structure à visée humanitaire? Choisir nos politiques dans le rayon périmé des supermarchés? Laisser leur chance aux petits nouveaux?
Ce métier est un beau métier. Nous savons que la misère du monde ne sera pas supprimé en un jour, nous savons que les inégalités persisteront, car nous savons que nous sommes Hommes, certains plus faibles que d'autres, certains plus habiles.
Les notions de mérite et de partage ne nous sont pas étrangères, elles ont juste été déplacées après quelques décenies d'insouciance. Nous n'aurons jamais la capacité de réguler ce monde comme il faut, car il nous dépasse, et submerge notre entendement.
Avouons nos défaillances, cultivons nos différences et battons nous pour que ça change.
La jeunesse est bien là, présente, pressante. Elle se remet doucement d'années lexomilitiques où la classe dirigeante n'est plus symbole de quoi que ce soit, et cherche désespérement un nouveau Jésus aux faux airs de l'abbé Pierre pour la conduire.
PJ
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